Cliché Robert Brero

Comme chaque année à pareille époque, l’association a rappelé la mémoire des 32 internés de la prison gestapiste de Montluc décédés dans ses murs en 1943 et 1944. Une minute de silence a été observée devant la plaque apposée par les Rescapés, sur le mur de l’enceinte pénitentiaire, au lendemain de la guerre.

On trouvera ci-après, la liste des défunts et les notices biographiques de deux d’entre eux : Marcel Boneim et Jean Chardard.

Morts à la prison de Montluc en 1943-1944

1943

  • 8 juin 43 : Jules CROS
  • 22 juin 43 : Léontine DREYFUS (née BLOC)
  • 21 juillet 43 : Abraham Alfred ESKENAZI
  • 31 juillet 43 : Emmanuel ATLAN
  • 31 juillet 43 : Louis MICHON
  • 31 juillet 43  :Nissim Jacob MOLHO
  • 1er novembre 43 : Marcel BONEIN
  • 1er novembre 43 : Albéric D'ALLESANDRI
  • 4 décembre 43 : Marcel DANDELOT
  • 11 décembre 43 : José GIMENEZ
  • 11 décembre 43 : Ahmed KAÏRE ED DINE
  • 15 décembre 43 : Joseph Louis CHEVALIER
  • 15 décembre 43  :René JUSSI
  • 15 décembre 43 : Arthur Jean Eugène WEYLAND
  • 25 décembre 43 : Jacques ELMALEH
  • 25 décembre 43 : Pierre Henri Alfred GIRAUD
  • Entre novembre 43 et janvier 44 : un inconnu d’origine arabe

1944

  • 1er janvier44 : Jean CROUX
  • 14 janvier 44 : Ben Saïd Zadis KAFFLING
  • 3 février 44 : Marcel GOMPEL
  • 14 février 44 : Pierre Albert FREYSSINET
  • Vers le 20/2/44 :Jean Clément Marie GREYFIÉ DE BELLECOMBE
  • 23 février 44 : Othon HANAUX
  • 18 ou 20/3/1944 : Pierre WELLHOFF
  • 25 mars 44 : Isidore GARCIA
  • 30 mai 44 : Jean CHARDARD
  • 8 avril 44 : enfant juif inconnu
  • 5 juillet 44 : Paul René MOREL
  • 12 juillet 44 : René Camille CHÊNE
  • 23 juillet 44 : Victor Louis MORIN
  • 6 août 44 : Robert Jean Félix CLUZAN
  • 10 août 44 : Laure Lucie MARX (née WEILL)

Marcel BONEIN (1er novembre 1943)

Fils de Lucien, habitant de Saint-Rémy-de-Provence, cultivateur, militant communiste, Marcel Bonein est né le 22 juin 1922 sur le territoire de cette commune des Bouches-du-Rhône.

Pendant ses jeunes années, il habite Eygalières.

En mars 1943, face à sa réquisition par le Service du travail obligatoire en Allemagne, comme son frère Rémy il est recruté à Saint-Rémy-de-Provence pour intégrer les rangs du détachement Marat des FTP-MOI (Main-d’œuvre immigrée).

À Marseille, il participe à des opérations d’action directe contre des représentants des forces d’occupation, contre des collaborateurs.

Le 5 juin 1943, avec Albéric d’Alessandri il assure la protection de Maurice Korzec pendant que, en fin de séance, son camarade lance une bombe dans le hall d’entrée du Capitole, cinéma marseillais réquisitionné par les Allemands. L’attentat fait sept blessés parmi les soldats allemands, cinq parmi les civils français, mais le trio est aussitôt arrêté.

Comme ses camarades, interrogé par la police allemande, puis par le chef de la section des Affaires politiques de la 9ème brigade de police de sûreté, à la suite il est incarcéré à Marseille. Transféré à Lyon, interné à la prison de Montluc, jugé par tribunal allemand de zone sud, il est condamné à mort le 19 octobre 1943.

Le 1er novembre suivant, il est exécuté dans l’enceinte de la prison de Montluc.

Sources : Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon (3335 W 22/3335 W 14) ; Geneanet, https://maitron.fr/spip.php? Article 153146, notice par Jean-Sébastien Chorin et Robert Mencherini ; ministère des Armées, division des archives des victimes des conflits contemporains-Caen.

Jean CHARDARD (30 mai 1944)

Fils de Pierre, employé de commerce, Jean Chardard est né le 9 mai 1914 à La Garenne-Colombes (Seine).

Habitant de cette commune, en 1934 il s’engage volontairement dans les rangs de l’armée.

Marié le 15 avril 1939 à Chartres avec Suzanne Demeulemester (1916-2000), il est père d’une fille, née le 9 novembre 1942 à Paris.

Maréchal des logis au 8ème régiment de chasseurs, basé à Orléans, en 1939 il sert au 33ème groupe de reconnaissance de division d’infanterie (GRDI). Le 16 octobre suivant, cité à l’ordre de la brigade, il est décoré de la Croix de guerre.

Démobilisé en septembre 1940, il ne retourne pas à Orléans, où son logement est détruit depuis le bombardement de la ville en juin précédent.

Embauché par le commissariat des Chantiers de jeunesse du Puy-de-Dôme, il gagne Châtel-Guyon, où il est domicilié rue de la Paix.

En mars 1943, il intègre le Sous-Réseau Goëlette, rattaché au Réseau Phratrie (BCRA). À partir de novembre 1943, il agit clandestinement à temps plein, il met son épouse et sa fille à l’abri chez ses beaux-parents, à Chartres.

Inspecteur technique, il est l’adjoint du responsable du secteur de Clermont-Ferrand.

Trahi par un agent de liaison, le 26 janvier 1944, il est arrêté à Nîmes par des Feldgendarmes, convaincu d’espionnage.

Transporté à Marseille, il est incarcéré à la prison des Baumettes, avant son transfert à Lyon, puis son  internement le 6 avril 1944 à la cellule 81 de la prison de Montluc.

Le 23 mai suivant, le tribunal militaire allemand de zone sud le condamne à mort.

Sept jours plus tard, il est exécuté.

Son dossier de demande d’attribution à titre posthume du titre d’interné résistant indique qu’il a été exécuté « le 30 mai 1944 – Fort de Montluc – Lyon (Rhône). »

Ce jour-là, il adresse sa dernière lettre à son épouse : « […] Un soleil splendide brille dans le ciel d’une rare pureté, il fait bon vivre. On vient de m’annoncer que dans deux heures je serai fusillé, ce qui s’appelle, je crois, payer sa dette à la société. […] Je disais très souvent qu’il fallait mourir vers la trentaine, d’une balle en plein front ; quelle erreur… et comme il doit être agréable de mourir de vieillesse dans un bon lit près des siens. C’est égal. On s’y attache à cette vie et il est dur de la quitter, surtout quand on a tout pour être heureux. […]. »

Sources : Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon (3335 W 22/3335 W 16) ; Association des rescapés de Montluc, Bulletin n° 17, avril 1946 ; https://maitron.fr/spip.php? Article 176946, notice par Jean-Sébastien Chorin ; ministère des Armées, division des archives des victimes des conflits contemporains-Caen ; Montluc, Antichambre de l’inconnu, 1942-1944, sous la direction de Bruno Permezel, Lyon, Éditions BGA Permezel, 1999.