Le 82° anniversaire de la libération de la prison de Montluc a été commémoré, le mardi 24 août 2026, sous la présidence effective de M. Etienne Guyot, préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, préfet du Rhône et en présence de diverses autorités civiles, militaires et religieuses.

Quatre prises de paroles ont marqué la cérémonie. Bruno Permezel, président de l’association des Rescapés de Montluc, a notamment mis l’accent sur la nécessité de veiller à l’égalité de traitement des mémoires des internés en n’omettant pas, aux côtés des résistants et des juifs, les nombreux raflés victimes d’opérations d’intimidation des populations initiées par la Gestapo.

Sylvie Altar, déléguée régionale des Fils et Filles des déportés juifs de France, en succession au regretté Jean Lévy, a rappelé les vertus pédagogiques des manifestations mémorielles, face à la progression des actes antisémites dans notre pays.

M. Christophe Jacquemain, adjoint au maire de Lyon, s’est associé à ces propos avant que M. le préfet Guyot n’apporte une conclusion par un discours d’une haute élévation, sur la nécessité de faire « rappel à mémoire » en tous lieux et toutes occasions, exprimant sa conviction qu’une nation qui ignore son passé est condamnée à le revivre.

La manifestation s’est achevée par l’inauguration de l’exposition initiée par Bruno Permezel et les Rescapés de Montluc consacrée aux « Raflés dans le Bugey et le Valromey internés à la prison de Montluc ». Plusieurs élus des communes concernées ont honoré cette inauguration de leur présence hautement symbolique.

Pour prendre connaissance du discours de Bruno Permezel et du reportage photographique, lire l’intégralité de l’article

DISCOURS DE MONSIEUR BRUNO PERMEZEL

Quatre-vingt-deuxième anniversaire de la libération de Montluc (24 août 2026)

En parfaite communion d’esprit avec Andrée Gaillard, actuellement hospitalisée, internée à Montluc à l’âge de huit ans en mars 1944, ultime rescapée identifiée ;

Monsieur le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, préfet du Rhône, grand merci à vous de votre présence d’importance ;

Chers membres des familles d’internés massacrés, fusillés, déportés ou libérés ;

Mesdames et messieurs les élus de la Ville de Lyon, de la Métropole, du Département et de la Région ; Mesdames et messieurs les élus du Bugey et du Valromey ;

Monsieur le président du conseil d’orientation du Mémorial national de la prison de Montluc, à qui ce Mémorial doit tant ;

Madame la directrice du Mémorial national de la prison de Montluc ;

Monsieur le président du comité départemental de la Fondation Maréchal de Lattre ; Madame la déléguée régionale de l’Association Les Fils et Filles de déportés juifs de France ; Mesdames et Messieurs les représentants du corps consulaire ;

Mesdames et Messieurs les représentants des autorités judiciaires, militaires et de la police nationale ; Mesdames et Messieurs les représentants des différents cultes ;

Mesdames et Messieurs les présidents et adhérents des associations mémorielles ; Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux, toujours fidèles, quel que soit le temps ; Mesdames et Messieurs, en vos fonctions, grades et qualités ;

Ce jour de commémoration, Jean Lévy, notre ami de longue date, ne prendra pas la parole. Atypique délégué Auvergne/Rhône-Alpes de l’Association Les Fils et Filles de déportés juifs de France, jusqu’à son dernier souffle il n’a cessé d’être un infatigable passeur de la mémoire de l’impensable tragédie de la Shoah.

« Enfant caché » à l’âge de 11 ans en 1944, il incarnait la passion mémorielle, parfois sottement opposée à la Science historique. Ses prises de parole, ciselées, résolument argumentées, avec fougue martelées, semblaient ne jamais pouvoir s’interrompre.

En cet instant de recueillement et de mémoire, nous avons également une pensée émue et reconnaissante pour notre fidèle et joyeux ami Serge Rivollier, décédé il y a quelques jours. Pupille de la Nation, ancien combattant d’Algérie, depuis une quarantaine d’année il était le populaire porte-drapeau de l’UMAC (Union des mutilés et des anciens combattants).

Le 24 août 1944, quelle inoubliable nuit de mobilisation, de négociations, de tensions, de mystifications, de confusions, de libérations, de fusions, d’effusions, puis d’évacuations dans les locaux de deux congrégations. Cette explosion nocturne de joie concerna moins de 10% des victimes juives, raflées et résistantes internées sur ce site entre le 17 février 1943 et ce 24 août 1944.

Treize jours auparavant, environ 650 détenus, dont certains avaient été extraits des prisons lyonnaises Saint-Paul et Saint-Joseph, avaient été entassés de Lyon-Perrache pour être, comme du bétail, atrocement transportés jusqu’en Allemagne ou en Pologne.

Quatre jours auparavant, à la suite des 109 massacrés à Bron, environ 120 détenus avaient péri mitraillés, puis brûlés à Saint-Genis-Laval.

Le 24 août 1944, cette nuit fut ordinaire, de la Forêt-Noire à la Baltique, pour l’innombrable diaspora des internés à Montluc, atroce « sous-peuple » de rayés et de tondus, dont bon nombre allaient mourir dans les mois suivants. Le 24 août 1944, aucun mort ne fut à déplorer à Montluc.

Mémoire d’ampleur numérique, mémoire de haute importance pédagogique, le martyre des raflés peine encore à trouver sa juste place dans les présentations souvent binaires des victimes des forces allemandes d’occupation.

Voici pourquoi l’Association des rescapés de Montluc, résolument attachée à l’égalité de traitement de la mémoire des dix mille victimes juives, raflées et résistantes, incarcérées dans cette prison gestapiste, a décidé de dédier son exposition 2026 aux raflés en 1944 du Bugey et du Valromey, deux territoires du proche département de l’Ain.

Contrairement à la prise d’otages, le recours à la rafle n’est pas une volonté de pression exercée à l’encontre d’une autorité pour lui arracher, par la force, une exigence particulière. Sans demande de contrepartie, sans négociations possibles, seule cette extrême violence avait pendant l’Occupation pour objectif de dissuader durablement les populations à venir en aide aux « terroristes » et aux réfractaires au STO.

Minutieusement, secrètement préparées, par surprise cette opération d’envergure ciblait sur listes des résistants, frappait des habitants et des réfractaires au STO dans leur logement ou sur leur lieu de travail, n’épargnait aucune personne croisée en chemin.

Outre l’impensable rafle des 44 enfants juifs de la colonie d’Izieu – crime contre l’Humanité –, trois grandes rafles ont en 1944 frappé des populations du Bugey et du Valromey.

Commune après commune, cette exposition tente de reconstituer les rafles successives qui, en 1944, ont tragiquement transporté ces populations à la prison Montluc de Lyon, première étape de leur parcours de déportées.

Puisse cette exposition promouvoir cette troisième mémoire minorée, si ce n’est oubliée.

Cosmopolite d’esprit, le site de la prison de Montluc doit savoir justement composer avec tous ses passés. Parlement, au sens étymologique du mot, il est un lien où ses visiteurs doivent dialoguer au-delà de leurs différentes appréciations personnelles.

Bruno PERMEZEL

Reportage photographique de M. M. Robert Brero et Bernard Maclet