L’association des Rescapés de Montluc apprend avec tristesse le décès de  Jean LEVY, Délégué régional de l’association des Fils et Filles des déportés juifs de France Président honoraire du CRIF Rhône-Alpes.

Elle présente à sa veuve et à sa famille ses vives condoléances.

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ÉLOGE FUNÈBRE PAR LE PRÉSIDENT BRUNO PERMEZEL

JEAN LÉVY

(Bâle, 1933 – Lyon, 2026)

Atypique délégué Auvergne/Rhône-Alpes de l’Association Les Fils et Filles de déportés juifs de France – inoubliable figure de proue de la communauté lyonnaise des anciens combattants et victimes de guerre –, jusqu’à son dernier souffle Jean Lévy n’a cessé d’être un infatigable passeur de la mémoire de l’impensable tragédie de la Shoah.

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Georges Tassani (président ARM), Jean Lévy, Bruno Permezel (secrétaire général ARM)
(Auschwitz, janvier 2008)

« Enfant caché » en 1944, il incarnait la passion mémorielle, parfois sottement opposée à la Science historique.

Économe ni de son temps ni de ses finances, il était toujours par monts et par vaux. Ses prises de parole ciselées, résolument argumentées, avec fougue martelées, semblaient ne jamais pouvoir s’interrompre. En ce temps délétère de nouvel affichage décomplexé d’antisémitisme ou d’antisionisme – son expression maquillée –, plus que jamais il est essentiel de rappeler que, avant tout, Jean se revendiquait profondément républicain.

Au cours de nos trente-cinq années de compagnonnage associatif, en parfaite liberté de parole, nous avons souvent partagé nombre de combats, confronté nos différents points de vue. Non sans avoir de sa part reçu quelques volées de bois vert, qu’il oubliait du jour au lendemain.

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Son parcours de vie fort rempli, passionné, ci-dessous développé, a été cruellement marqué par le décès subit de son fils unique, terrible épreuve courageusement affrontée avec son épouse. 

Né le 14 avril 1933 à Bâle (Suisse), de nationalité française, Jean Lévy passe sa prime enfance à Saint-Louis, ville du Haut-Rhin limitrophe. Son père exploite un commerce de produits du sol, gère une coopérative de stockage de blé.

En août 1939, avec les siens il doit quitter Saint-Louis, tout abandonner sur place. Comme pour d’autres localités alsaciennes, les autorités françaises ont décidé d’évacuer les populations face aux menaces de combats sur le Rhin et le long de la proche Ligne Maginot.

Avec sa famille, Jean se replie le 31 août à Baume-les-Dames, ville située à trente kilomètres au nord-est de Besançon. Sur place, son père, mobilisé par le préfet du Doubs, organise la collecte des céréales pour leur entreposage en des sites sécurisés.

Après la défaite, au terme de deux mois d’errance (16 juin-30 août 1940), avec sa famille il s’établit à Saint-Amour, petite ville du Jura, en limite des départements de l’Ain et de Saône-et-Loire. Assurée de la bienveillance de la municipalité et de la population comme les autres familles juives, les Lévy peuvent vivre dans une relative sécurité après l’invasion de la zone non occupée le 11 novembre 1942.

Mais face à l’accentuation des rafles réalisées dans le Jura, ses parents doivent décider début 1944 de le faire exfiltrer en Suisse, ainsi que son frère cadet. Grâce à l’Œuvre (juive) de secours aux enfants (OSE), de fin mars 1944 à avril 1945 tous deux séjournent dans un home d’enfants situé à Tavannes (canton de Berne).

De retour à Saint-Amour, Jean reprend ses études, effectue ses classes secondaires au lycée de Lons-le-Saunier, puis ses études supérieures à la Faculté de droit de Lyon.

Pendant quarante ans, il est cadre supérieur de la société de chaussures Palladium.  

Après avoir rencontré Beate et Serge Klarsfeld, il rejoint les rangs de l’Association Les Fils et Filles de déportés juifs de France. Pendant une quarantaine d’années, inlassablement il va militer pour la sauvegarde et la promotion de la mémoire de la Shoah comme emblématique délégué Auvergne-Rhône-Alpes de l’Association. Depuis un appartement loué à proximité du palais de justice de Lyon, en mai-juin 1987 il assure les relations publiques de l’Association pendant les audiences du procès Barbie.

Membre du conseil d’administration du Mémorial des Enfants d’Izieu pendant treize années, président Rhône-Alpes du conseil représentatif des institutions juives de France (6 février 1990-8 janvier 1996), depuis la création du Mémorial national de la prison de Montluc il siège à son conseil d’orientation, le faisant bénéficier de ses précieuses connaissances, observations. Au fil des années, Jean effectue de multiples recherches, contribue à la publication de plaquettes, à celle du Mémorial de la déportation des Juifs de France (de Serge Klarskeld), témoigne sans relâche, notamment dans les collèges et lycées, organise et anime, avec le Département du Rhône et l’Académie de Lyon, un voyage annuel d’élèves de troisième au camp d’Auschwitz, donne son aide pour l’inscription des noms et prénoms des victimes Rhône-Alpes de la Shoah au cimetière israélite de Lyon – La Mouche, siège au comité pour l’érection des « Rails de la Mémoire », monument implanté place Carnot à Lyon…

 

Bruno PERMEZEL